Restaurateur du Parc des Princes cherche supporter à se mettre sous la dent



Le PSG affrontera Manchester United au Parc des Princes, pour un match en huis clos. L’absence des supporters dans le quartier est un manque à gagner considérable pour les restaurateurs alentours.

L’équipe du Paris Saint-Germain accueillera ce mardi 20 octobre, à domicile, les anglais de Manchester United. Le match est prévu à 21h, quand sonne le glas du couvre-feu imposé par les autorités sanitaires pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. Les joueurs se passeront la balle sans les hurlements des gradins. Si le PSG souffre financièrement de sa billetterie en berne, les supporters manquent aussi aux bars, brasseries et restaurants aux abords du stade. “Avec une affiche pareille au Parc des Princes, ça aurait été la soirée de l’année”, regrette Sébastien Dube, accoudé derrière le zinc du Café Les Fontaines. Une institution, place de la Porte-de-Saint-Cloud. Son associé, un chiffon dans la machine à café, acquiesce. “On a repris l’endroit il y a deux ans. Cinq mois après l’ouverture, il y avait le même match, PSG – Manchester United pour la Ligue des Champions”, embraye Jean-Christophe Rieu. “On s’en souvient parfaitement, on ne peut pas s’empêcher de faire le parallèle.”

Le 6 mars 2019, le lieu était plein à craquer d’une foule joyeuse, pas encore obligée de respecter les distances de sécurité. A 19h, l’ambiance battait son plein, les supporters chauffaient leurs cordes vocales pour le match. “Ce soir là, on avait fait 460 couverts”, se rappellent les deux gérants. “Ce soir, on va faire 4,6 couverts”, lâche Sébastien Dube en riant jaune. L’année dernière, l’équipe était au complet, les 19 employés étaient sur le pont, des extras avaient été appelés en cuisine. “Aujourd’hui, on est trois, et à partir de 15h, on reste que tous les deux”, détaille M. Rieu. Conséquences directes de ce match à huis clos “on perd 90% de chiffres d’affaires sur la soirée”, calcule-t-il. Et ce sans même prendre en compte le couvre-feu : “puisque le Café ne diffuse pas les matchs, je ne compte que les recettes faites avant 21h”.

Des Trois Obus au Mc Donald’s, la place cherche ses meilleurs clients

Le constat est le même tout autour de la place. “Il faut s’imaginer ce que c’est, 45 000 supporters qui débarquent à Porte de Saint-Cloud”, explique Laredj Djamal, directeur du Mc Donald’s, bien placé sur le rond-point. “Dès le milieu d’après-midi, ça sort en continu de la bouche de métro, dit-il en désignant, à travers la vitre, la sortie Avenue de Versailles. “Normalement les soirs de matchs, on a du passage toute la fin de journée, avec un pic à 19h. Les gens viennent en famille, se rapprochent du Parc des Princes pour se mettre dans l’ambiance. Les salariés mettent un t-shirt du PSG, il y a des affiches partout dans le restaurant”, sourit-il derrière son masque. Un coup d’œil vers la queue silencieuse, devant les caisses, transforme le sourire en soupir. Cette année, les seules affiches bleus et blanches qui ornent les murs demandent le port du masque obligatoire. Le manque à gagner ? “Je peux vous le dire très précisément, j’avais le nez dans les comptes. Pour une affiche comme celle-là, au milieu des vacances scolaires, on aurait fait 23 000 euros” sur la journée, assure M. Djamal. “Aujourd’hui, sachant qu’on ferme à 21h, on ne dépassera pas les 10 000 euros”. Une perte de plus de 50%.

“Les Trois Obus c’était une place mythique du quartier, le QG des supporters. Évidemment cela a joué dans les projections de recettes du patron quand il a racheté l’endroit, il y a un an”, explique Cédric Wiesener. Le restaurant a ouvert le mois dernier, après de longs travaux, entrepris sans se douter une seconde qu’une pandémie chamboulerait toutes nos habitudes. “Depuis l’ouverture, on a pas eu une journée normale, alors impossible de se projeter et d’imaginer ce que ça donne, un “vrai” soir de match comme en parle les bars voisins” explique le nouveau manager des Trois Obus, qui n’a gardé que son nom. L’équipe, entièrement renouvelée, fait des allers-retours au milieu des tables neuves, un peu désœuvrée. La décoration est aussi impeccable que l’endroit est vide. “C’est sur que c’est les événements sportifs – foot ou rugby – qui font le chiffre des établissements du quartier”, analyse Cédric Wiesener. Toute la décoration a été pensée dans ce but : de fausses coupes s’accumulent sur les tables aux effigies de footballeurs, et des écussons aux couleurs des équipes s’amoncellent sur les murs pour annoncer la carte des pizzas. “Ca amène de la vie, du mouvement, et ça se ressent sur les activités. Avec les matchs annulés ou à huis clos, on ressent rien du tout ! Il faudra être patients pour avoir un retour sur investissement”. 

« Je m’apprête à fermer le bar »

A côté du stade, seul le grondement du périphérique vient habiller le silence. Il n’y a personne, au grand regret de Landry*, qui s’ennuie dans sa doudoune, de l’autre côté des grilles. “Un bar de supporters ? Les Deux Stades. C’est là-bas que tout le monde va boire des coups, le staff y compris”, renseigne cet agent de sécurité du Parc des Princes. “Il est juste en face de l’entrée principale, impossible de le rater. Parfait pour attendre que les portes ouvrent, et pour y retourner picoler après le match, surtout quand Paris gagne !”

La-bas, le ton est moins joyeux, les souvenirs d’effervescences sont bien loin. “C’est bien simple, c’est une catastrophe, une catastrophe”, répète Carine Danielewicz, gérante des Deux Stades. “Depuis le mois de mars il n’y a pas de matchs. Moi je suis au pied du Parc des Princes – c’est pas le Café des Deux Stades pour rien – donc je suis tapée de plein fouet”, se désole-t-elle. “Il n’y a rien d’autres autour, ni commerçants, ni bureaux, ni métro”. Il est 11h30, elle mange un poulet – purée sur le pouce. Il faut assurer le service entre midi et deux : chaque couvert compte. Mais les quelques passants ne compensent pas l’absence des supporters, depuis huit mois. “Sans matchs, y’a rien qui rentre. Je m’apprête à fermer le bar. On va y faire des travaux prévus depuis longtemps, mais sans ce projet, j’aurais fermé tout court”.

Publié par Mathilde Roche

Journaliste tournée vers le numérique : rédaction d'articles, enquêtes, reportages et sujets vidéo pour le web

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